1er mars : fête du canton de Neuchâtel
Canton francophone de Suisse
Canton de
Neuchâtel
Terre de montres, d’absinthe et de révolution —
l’histoire d’un peuple qui choisit la liberté
Un canton à nul autre pareil
Niché entre le Jura et les rives du plus grand lac entièrement suisse, le canton de Neuchâtel concentre en moins de 800 km² une densité d’histoire, d’industrie et de culture qui force l’admiration. Seul canton à avoir été simultanément principauté prussienne et membre de la Confédération helvétique, il dut attendre la révolution du 1er mars 1848 pour embrasser pleinement la démocratie républicaine.
Les rives du lac de Neuchâtel sont peuplées depuis la plus haute antiquité. À la fin du 19e siècle, des fouilles menées lors de la correction des eaux du Jura exhument le fabuleux site de La Tène, près de Marin, qui donne son nom à tout le second âge du fer (–500 à –50 av. J.-C.). Ce seul fait suffit à mesurer l’ancienneté de cette terre.
Les Neuchâtelois sont fiers d’être Suisses — et d’avoir choisi eux-mêmes de l’être.
— Esprit de la révolution de 1848
En 1011, le nom de Neuchâtel — littéralement «nouveau château» (Novum Castellum) — apparaît pour la première fois dans un acte de donation du roi Rodolphe III de Bourgogne à son épouse Ermengarde. Le château érigé à la fin du 10e siècle fit naître la ville à ses pieds et lui donna son nom.
En 1531, Guillaume Farel y apporte la Réforme. Les décennies suivantes voient affluer des huguenots fuyant la révocation de l’Édit de Nantes, qui peuplent les hautes terres du canton — berceau de ce qui deviendra l’une des industries horlogères les plus réputées au monde.
📋 Le canton en bref
Drapeau du canton — vert et blanc (5 bandes) + croix suisse
Vingt siècles en images
De la préhistoire lacustre à la révolution républicaine, le destin du canton s’écrit en lettres d’or et de combat.
Les rives du lac de Neuchâtel sont peuplées depuis des millénaires. Le site de La Tène, près de Marin, donne son nom au second âge du fer à l’échelle mondiale.
Première mention du mot «Neuchâtel» dans un acte de donation du roi Rodolphe III de Bourgogne à son épouse Ermengarde.
Guillaume Farel apporte la Réforme protestante. Les huguenots peuplent les hauteurs — là où naîtra l’horlogerie.
À la mort de Marie de Nemours, le Tribunal des Trois-États attribue la souveraineté au roi de Prusse Frédéric Ier — protestant et éloigné, garantissant l’autonomie neuchâteloise. Un choix qui durera 141 ans.
Napoléon donne la principauté à son chef d’état-major Alexandre Berthier : «Prince de Neuchâtel et Valangin». Une parenthèse française jusqu’en 1814.
Le 12 septembre, Neuchâtel entre dans la Confédération comme 21e canton. Simultanément, le Congrès de Vienne confirme le roi de Prusse comme prince — statut hybride unique en Suisse.
800 républicains partent du Locle sous une tempête de neige. À 21h, le premier gouvernement républicain est formé sous Alexis-Marie Piaget. L’unique monarchie de Suisse tombe en une journée, sans effusion de sang.
Des royalistes tentent un coup d’État. Le traité de Paris (26 mai 1857) consacre l’abandon définitif des prétentions prussiennes.
L’animateur radio Rémy Gogniat lance la première marche commémorative avec une soixantaine de participants. La tradition rassemble aujourd’hui 500 à 1000 marcheurs chaque année.
Neuchâtel franchit les 180 000 habitants. Deuxième canton exportateur de Suisse avec 14,8 milliards de CHF à l’export.
Neuchâtel en données
Petit par la surface, ce canton surprend par la puissance de son économie industrielle et la densité de sa créativité.
Neuchâtel est le 2e canton le plus exportateur de Suisse, avec une balance commerciale excédentaire de plus de 10 milliards de francs.
— Service de statistique du canton de Neuchâtel, 2024
De l’horlogerie à la microtechnologie
L’industrie horlogère est l’âme économique du canton. La Chaux-de-Fonds et Le Locle — classées au patrimoine mondial de l’UNESCO pour leur urbanisme horloger unique — doivent leur existence même à la fabrication et à l’exportation de montres. En raison de la haute altitude et des sols peu propices à l’agriculture, les habitants des Montagnes neuchâteloises ont fondé leur économie sur la précision des mécanismes bien avant l’ère industrielle.
La crise horlogère des années 1970–1980 — provoquée par le choc pétrolier, la montée du franc et la concurrence des montres à quartz japonaises — laissa des cicatrices démographiques profondes. Mais le canton sut se réinventer autour de la microtechnologie et de la robotique. Aujourd’hui, le Swiss Center for Electronics and Microtechnology (CSEM), installé à Neuchâtel, est un fleuron mondial de la recherche appliquée.
Le vin neuchâtelois mérite mention : le Chasselas et surtout l’Œil-de-Perdrix (rosé de Pinot Noir) bénéficient d’une AOC reconnue. Les vignobles s’étirent sur le littoral du lac, baignés d’un microclimat clément. Le fromage de la région, la Tomme, complète un tableau agricole de qualité malgré les contraintes du relief.
Anecdotes & curiosités
Neuchâtel ne cesse de surprendre. Voici quelques-unes de ses histoires les plus étonnantes.
Le berceau de la montre moderne
La Chaux-de-Fonds et Le Locle sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2009. Construites selon un plan en damier pour maximiser la production horlogère, chaque appartement pouvait accueillir un atelier baigné de lumière naturelle. Des villes pensées comme des machines à fabriquer des montres.
L’absinthe est neuchâteloise
La fée verte est née dans le Val-de-Travers, à Couvet, vers 1792. Conçue comme boisson médicinale par le Dr Pierre Ordinaire, elle conquit les cafés parisiens avant d’être interdite en 1910. Sa production clandestine persista 95 ans dans les caves du val. Légalisée en 2005, la région abrite aujourd’hui de nombreuses distilleries artisanales.
Le Corbusier est né ici
Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, est né à La Chaux-de-Fonds en 1887. Le pionnier de l’architecture moderne, père des pilotis et du toit-terrasse, a grandi dans ces rues horlogères avant de révolutionner l’architecture mondiale.
La Brévine, Sibérie de la Suisse
Le village de La Brévine, à 1043 m d’altitude, est le village le plus froid de Suisse avec des températures mesurées jusqu’à –41,8°C. Surnommée la «Sibérie suisse», elle contraste radicalement avec la douceur du littoral lacustre, quelques kilomètres plus bas.
L’unique monarchie de Suisse
De 1814 à 1848, Neuchâtel était à la fois le 21e canton suisse ET une principauté personnelle du roi de Prusse. Ce statut hybride — unique dans toute l’histoire de la Confédération — créa une tension permanente entre aspirations républicaines et loyauté monarchiste.
Pionnier du vote des étrangers
Dès la République, Neuchâtel s’est montré avant-gardiste : instruction publique obligatoire très tôt et droit de vote communal accordé aux étrangers résidents — une modernité saisissante témoignant de l’ADN républicain et libéral du canton.
La Tène : un trésor mondial
Le site archéologique de La Tène, découvert lors de la correction des eaux du Jura au 19e siècle, a fourni tant d’artefacts gaulois qu’il a donné son nom à toute une époque de l’humanité : la civilisation de La Tène (–500 à –50 av. J.-C.).
140 fontaines dans la vieille ville
La vieille ville de Neuchâtel compte 140 fontaines de rue, dont certaines datent du 16e siècle. Construites en calcaire jaune, elles donnent à la ville sa teinte dorée caractéristique et son surnom de «Ville aux pierres jaunes».
La nuit qui changea tout
Dans la nuit du 29 au 28 février 1848, la nouvelle de la chute du roi Louis-Philippe à Paris parvient dans les Montagnes neuchâteloises. Les cercles républicains, qui préparaient leur coup depuis des années, saisissent l’occasion.
Le matin du 1er mars, une colonne d’environ 800 volontaires — emmenés par Fritz Courvoisier et l’officier Ami Girard — entame la marche vers le Château de Neuchâtel dans une tempête de neige. Au passage, ils s’emparent de deux canons à l’arsenal de Valangin. Ils n’en auront pas besoin : le gouvernement royaliste a quitté le Château avant leur arrivée.
À 21 heures, Alexis-Marie Piaget forme le premier gouvernement républicain. La Constitution est acceptée le 30 avril 1848. L’unique monarchie de la Confédération helvétique est tombée en une seule journée, sans verser une goutte de sang.
La Marche commémorative aujourd’hui
La marche n’existe sous sa forme populaire que depuis 1984, lancée par l’animateur radio Rémy Gogniat avec une soixantaine de participants. Depuis, la tradition s’est solidement ancrée. Chaque 1er mars, entre 500 et 1000 marcheurs honorent ce chemin.
L’équipée démarre au petit matin au son de coups de canon depuis Le Locle — le village de départ historique — après un discours du maire.
Le parcours suit l’itinéraire de 1848 : Le Locle → Col de la Vue-des-Alpes → Val-de-Ruz → Valangin → Château de Neuchâtel.
À chaque étape, les marcheurs sont accueillis par du thé chaud, une tranche de taillaule (la brioche neuchâteloise) ou un bol de soupe réconfortante.
La troupe entre dans la cour du Château de Neuchâtel. Les autorités politiques in corpore participent à la cérémonie officielle.
«Les commémorations du 175e visent non seulement à proposer un regard sur le passé, mais aussi à en faire une véritable contribution pour le présent. La République a l’ambition de tendre vers une société plus juste et la plus digne possible.»
— Conseil d’État du canton de Neuchâtel, 1er mars 2023
Un patrimoine immatériel reconnu
La Marche du 1er Mars a été inscrite sur la liste nationale des traditions vivantes de la Confédération suisse. Pour le 175e anniversaire en 2023, plus de 1300 personnes se rassemblèrent avec trois tracés différents — à guichets fermés.
« Liberté, Égalité, Fraternité
— version neuchâteloise »
Canton de montagnards horlogers, de révolutionnaires pacifiques et d’inventeurs de génie, Neuchâtel a su tisser une identité singulière dans le concert des cantons suisses. Son 1er mars n’est pas qu’une date : c’est un acte de foi en la démocratie, renouvelé chaque année sous la neige, au son des canons et au goût de la taillaule.
